Les premiers essais de blé génétiquement modifié « anticancéreux » sont autorisés au Royaume-Uni

Le gouvernement britannique a autorisé une série d’essais au champ pour du blé génétiquement modifié. Une première en Europe qui marque une rupture significative avec la position de l’UE sur la question.

EURACTIV.com
Rural,Scenery.,Background,Of,Ripening,Ears,Of,Wheat,Field,And
Les expériences menées dans le Hertfordshire seront les premiers essais au champ même de blé génétiquement modifié par CRISPR au Royaume-Uni et en Europe. [<a href="https://www.shutterstock.com/image-photo/rural-scenery-background-ripening-ears-wheat-1729001563" target="_blank" rel="noopener">[SHUTTERSTOCK]</a>]

Le gouvernement britannique a autorisé une série d’essais au champ pour du blé génétiquement modifié. Une première en Europe qui marque une rupture significative avec la position de l’UE sur la question.

Après le feu vert du ministère de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales (DEFRA), des essais seront menés par l’institut de recherche britannique Rothamsted, pionnier des essais de cultures génétiquement modifiées depuis les années 1990. Ces essais porteront sur un blé génétiquement modifié obtenu grâce à l’outil de modification génétique CRISPR.

Les expériences menées dans le Hertfordshire seront les premiers essais au champ même de blé génétiquement modifié par CRISPR au Royaume-Uni et en Europe.

Cette technique consiste à introduire de petites modifications dans un gène ciblé. Bien que les acteurs du secteur l’aient qualifiée de révolutionnaire, l’utilisation de la technologie CRISPR reste controversée.

En 2018, un arrêt historique de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) avait conclu que les organismes obtenus par de nouvelles techniques génomiques (NGT), telles que CRISPR, devraient, en principe, relever de la directive OGM.

Toutefois, depuis qu’il a quitté le bloc, le Royaume-Uni a souhaité se distancier de cet arrêt. L’Angleterre a ainsi lancé une consultation sur l’édition de gènes, évolution qui pourrait débloquer des « avantages substantiels » pour le secteur et l’environnement.

L’objectif de ces nouveaux essais au champ est de produire un blé à faible teneur en asparagine, un acide aminé naturel, qui se transforme en acrylamide, un contaminant cancérigène, lorsque du pain est cuit ou grillé.

« Depuis sa découverte dans les aliments en 2002, l’acrylamide pose un grave problème pour les fabricants de produits alimentaires », a déclaré le professeur Nigel Halford, responsable du projet, en soulignant qu’il est à l’origine de cancers chez les rongeurs et est considéré comme « probablement cancérigène » pour l’homme.

Cette substance cancérigène est également présente dans d’autres produits à base de blé et dans de nombreux aliments dérivés de céréales quand ceux-ci sont frits, cuits, rôtis ou grillés, notamment les chips, les frites, les pommes de terre rôties et le café.

En réduisant les niveaux d’asparagine dans le blé, les chercheurs espèrent apporter un bénéfice à la fois aux consommateurs, en réduisant leur exposition à l’acrylamide dans leur alimentation, et aux entreprises alimentaires, en leur permettant de se conformer aux réglementations sur la présence d’acrylamide dans leurs produits.

Cette initiative a été critiquée par les défenseurs de l’environnement, qui ont estimé que l’objectif du projet était trop faible par rapport aux risques liés à la plantation de cultures expérimentales génétiquement modifiées.

« Le gouvernement britannique décide que le fléau des toasts brûlés est une raison suffisante pour planter du blé OGM hautement expérimental au champ, malgré les nombreuses objections du public et l’avis de Cancer Research UK selon lequel les aliments brûlés ne présentent pas de risque de cancer », a critiqué sur Twitter le groupe de campagne anti-OGM GM Freeze.

Cette nouvelle intervient alors que le débat sur l’avenir des produits génétiquement modifiés s’intensifie au sein de l’UE après la publication de l’étude tant attendue de la Commission sur les nouvelles techniques génomiques.

L’étude, qui a été publiée en avril, a conclu que le cadre juridique actuel régissant les nouvelles techniques génomiques (NGT) était insuffisant. Elle indique que de nouveaux instruments politiques devraient être envisagés pour tirer parti des avantages de cette technologie.

Les acteurs européens ont déjà prévenu que toute divergence avec l’Union sur cette question risque de compromettre l’avenir des relations commerciales agroalimentaires entre le Royaume-Uni et l’UE.

Pekka Pesonen, secrétaire général de l’association d’agriculteurs COPA-COGECA, avait déclaré à EURACTIV en janvier dernier qu’une telle démarche serait « prohibitive dans les relations commerciales » et qu’il craignait qu’il n’y ait « aucun moyen de régler cette question » sans une égalité de traitement des deux côtés de la Manche.

Par ailleurs, il reste incertain si les consommateurs souhaiteraient réellement consommer des aliments génétiquement modifiés.

Martin Häusling, porte-parole des Verts/ALE pour l’agriculture au Parlement européen, avait récemment déclaré à EURACTIV que « les études de consommation ont démontré à maintes reprises que les consommateurs ne veulent pas de nourriture et d’aliments pour animaux génétiquement modifiés. »

« Le Royaume-Uni perdra donc un grand marché avec ses produits génétiquement  manipulés », a-t-il prévenu, soulignant que les produits européens ont « une très bonne réputation internationale, en partie parce qu’ils sont dépourvus de modifications génétiques. »

Le projet devrait se dérouler sur les cinq prochaines années, jusqu’en 2026. Les graines seront semées en septembre et octobre de chaque année et récoltées au mois de septembre suivant.

Le financement est assuré pour la première année, et un soutien supplémentaire est sollicité pour les années suivantes.